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La réalisatrice Mounia Meddour présente Papicha à Ajaccio
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La réalisatrice Mounia Meddour présente Papicha à Ajaccio


Calvi

Par

Le 25 Juillet 2019


Tout juste descendue de l’avion, Mounia Meddour nous reçoit sur la rive Sud d'Ajaccio. A ses côtés, ses producteurs, Paul-Dominique Vacharasinthu, Xavier Gens et Patrick André, qui a porté le film Mustang, sélectionné à la quinzaine des réalisateurs en 2015. Cette année, c’est l’équipe de Papicha, majoritairement féminine,  qui est montée sur les marches, en lice pour la caméra d’or. Papicha, c’est l’histoire d’une jeune algéroise de 18 ans, Nedjma, étudiante à la Cité Universitaire d’Alger. Elle rêve de devenir styliste. N’ayant que peu de moyens, elle récupère les haïk (étoffes recouvrant tout le corps des femmes) familiaux et les transforme en tenues modernes. A la nuit tombée, accompagnée de ses amies, Nedjma court en boîte de nuit chercher des clientes pour ses créations. C’est Lyna Khoudri, repérée également par Wes Anderson, qui a été sélectionnée pour ce film. Un choix évident pour la réalisatrice après une longue période de casting.
« J’ai auditionné pas moins de 70 actrices. Je savais exactement le profil que je cherchais. Mais en Algérie, c’est très difficile de trouver des acteurs. La production cinématographique est  quasiment inexistante. Le cinéma a disparu durant la décennie noir. Sur les 400 salles, il n’en reste plus qu’une vingtaine aujourd’hui. Le cinéma a complètement disparu. On trouve des acteurs de séries mais pas de cinéma. Leur jeu ne me semblait pas suffisamment réaliste. Lyna est une actrice de fiction. Ce qui m’a intéressé c’est sa fragilité, sa vulnérabilité mais aussi sa complexité et son acharnement. »
 

 

Une jeunesse sous la décennie noir

Un choix professionnel donc mais également personnel. La jeune comédienne et la réalisatrice ont connu le même parcours. Issues de familles intellectuelles algériennes, les deux femmes se retrouvent contraintes de quitter très jeunes leur pays natal. Leurs pères, réciproquement réalisateur pour Mounia et journaliste pour Lyna, se voient menacés de mort par les intégristes au pouvoir dans les années 90. Les deux familles connaitront un exil parisien. Une distance imposée qui nourrira en chacune le besoin de comprendre la violence de leur pays.
Cette réflexion, Mounia Meddour l’a porté pendant de nombreuses années. Avec  Papicha, film autobiographique, fruit de 5 années de travail, elle offre le résultat de cette mise à distance sur une partie de sa vie.
« Nous étions en pleine guerre civile et les espoirs étaient bouchés. A cette période, le couvre-feu était de rigueur, être une femme était compliqué, sortir son voile ne se faisait pas .Il y avait une forte pression sociale et politique. Cette période, je l'ai vécu avec des œillères, comme le personnage de Nedjma dans le film. A 18 ans, on rêve de ses passions  et de ses objectifs. Il y a cette pulsion de vie qui vous habite et qui est plus forte que tout. »
Malgré cette période agitée, Mounia Meddour ne souhaite pas quitter son pays. Elle s’était dit-elle acclimatée à cette violence et ne persevait pas les risques que la vie qu’elle choisissait pouvait lui faire encourir.
 

 

Une mise en scène poétique et dynamique

Mounia Meddour vient du documentaire. Après des études dans le journalisme, elle réalise des documentaires sur la position et l’émancipation de la femme dans la société maghrébine. Mais elle veut sortir du carcan imposé par la forme documentaire. Tout en se servant de faits réels, elle a des envies de mise en scène et de choix artistiques.
« Dans Papicha, il y a une mise en scène très organique, très proche des peaux. On épouse le point de vue de l’héroïne. Nedjma nous accompagne du début à la fin. Son personnage est dans chaque plan. Sur les semaines de tournage, elle a tourné 6 jours sur 7. »
Mais la liberté absolue pour la réalisatrice, c’est d’avoir pu apporter de la poésie à son œuvre.
« Il y a des moments d’égarements dans le film ,comme des soupapes, des bouffées d’oxygène. Après le drame, moment clé du film, on entre dans la période de renaissance du personnage. Pour ce moment de retour sur soi, d’acceptation du deuil, j’ai utilisé une mise en scène très poétique. Et c’était bien ça que je recherchais dans la fiction. »

Une mise en scène poétique et dynamique accentuée par une bande originale très encrée dans la Pop des années 90. Et en Algérie, la jeunesse n’a pas échappé au New kids on the block de Boston où encore au rappeur MC Hammer. De la pop américaine qui a bercé cette jeunesse en plein chao. Toute une partie de la BO a également été composée par Robin Coudert (Rob), musicien du groupe français pop rock Phoenix.  
 «  Je voulais vraiment retrouver l’ambiance pop et colorée des années 90 et faire ressortir le côté moderne de cette période. Du coup, j’ai fait le choix d’une mise en scène très clipée. Une façon de rompre avec le cinéma traditionnel du Maghreb qui est un cinéma d’auteur souvent très lent. »
Le film sort dans les salles algériennes le 21 septembre. Forte du soutien de son pays, la réalisatrice pourra présenter son film aux prochains oscars. La France devra attendre le 9 octobre pour l’avoir dans ses salles. La réalisatrice a souhaité avant cela faire escale en Corse pour une avant-première  ce soir à 20 h 30 au cinéma l’Ellipse d’Ajaccio. Et pour la séance de rattrapage, ce sera le 7 octobre à Bastia  dans le cadre du festival bastiais Arte Mare. Une ode à la liberté à ne pas manquer.



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